Anxiété
Quand la pluie fait encore peur : l’angoisse de Karine après l’inondation
L’eau est redescendue en deux jours. Sa peur, elle, est restée des mois. Ce qui a aidé Karine et ses enfants à se sentir de nouveau en sécurité sous la pluie.
Par AnonymeKarine, 47 ans, épicière dans un village du Gard5 min de lecture

Chaque histoire réunit les vécus de plusieurs personnes.
L’histoire
La nuit où la rivière est entrée
Depuis quinze ans, Karine tient l’épicerie installée au rez-de-chaussée de sa maison, dans un village du Gard. Elle connaît la rivière. Tout le monde dans sa rue la connaît. Quand l’alerte tombe sur les téléphones et que l’eau monte, on monte les affaires à l’étage.
Cette nuit-là, l’eau est montée plus vite que prévu. À deux heures du matin, elle arrivait aux genoux de Karine dans la maison. À quatre heures, elle atteignait la deuxième marche de l’escalier. Karine était assise sur la dernière marche avec ses deux enfants, Lucas et Jade, et une lampe de poche, à écouter les étagères du magasin s’entrechoquer en bas.
Ils étaient sains et saufs. L’eau est redescendue en deux jours. Avec l’aide des voisins et de leur église, ils ont sorti la boue à la pelle, jeté ce qui était fichu et rouvert l’épicerie un mois plus tard.
Tout le monde lui disait qu’elle avait eu de la chance, et elle le croyait. Alors elle ne comprenait pas pourquoi, des mois plus tard, le bruit de la pluie sur le toit pouvait lui faire trembler les mains.
Ce qui était dur
Pourquoi l’angoisse peut durer longtemps après une inondation
Dès que des nuages noirs arrivaient, la poitrine de Karine se serrait. Pendant les grosses pluies, elle ne tenait pas en place. Elle vérifiait le niveau de la rivière sur son téléphone toutes les dix minutes, toute la nuit. Elle gardait des sacs prêts près de la porte, même en plein été.
Son corps était encore en alerte depuis cette nuit-là. Ça peut arriver après un événement effrayant, surtout quand il peut se reproduire. La peur réagit au bruit de la pluie comme elle a réagi à l’eau dans l’escalier.
Les enfants le ressentaient aussi. Jade, neuf ans, a commencé à dormir dans le lit de sa mère chaque fois qu’il pleuvait. Lucas, treize ans, se mettait en colère et refusait d’en parler. Karine culpabilisait. C’était elle qui était censée rester calme.
Elle avait aussi l’impression de ne pas avoir le droit d’être secouée. Certaines familles de sa rue avaient perdu bien plus. « Nous, on s’en est bien sortis », répétait-elle, et elle ravalait sa peur. Elle revenait à chaque alerte météo.
Ce qui a aidé
Ce qui a aidé Karine à ne plus avoir peur de la pluie
La première chose qui a aidé, c’était un plan. Sa voisine et amie, Martine, s’est assise avec elle et elles ont écrit précisément ce que Karine et les enfants feraient si l’eau remontait : quand monter les affaires, où aller, qui appeler, quoi mettre dans le sac d’urgence. Elles ont collé la liste sur le frigo. Quand il pleuvait, Karine pouvait la regarder et savoir qu’elle était prête.
La deuxième, une limite aux vérifications. Pendant un orage, elle regardait le niveau de la rivière une fois par heure, et laissait le téléphone dans la cuisine entre deux. La première nuit a été difficile. Au troisième orage, c’était plus facile.
La troisième, respirer avec les enfants. Quand la pluie devenait forte, ils s’asseyaient tous les trois et respiraient ensemble : inspirer sur 4 temps, expirer sur 6, en comptant à voix haute. Jade adorait compter. Lucas levait les yeux au ciel, puis il le faisait quand même.
Elle a laissé les enfants parler de cette nuit-là. À table, elle a demandé à chacun : « De quoi tu te souviens le plus ? » Jade se souvenait de la lampe de poche. Lucas se souvenait d’avoir eu peur que sa mère soit blessée. Karine leur a dit qu’elle aussi avait eu peur, et qu’ils s’en étaient sortis ensemble. Le dire à voix haute a rendu tout ça plus petit, pour tous les trois.
Leur pasteur est passé prier avec eux avant la saison des grosses pluies d’automne. Ésaïe 41:10 a été accroché au mur de l’escalier, à la marche exacte où l’eau s’était arrêtée.
Comme la peur restait forte au bout de quelques mois, Karine en a parlé à son médecin traitant. Il lui a dit que ce qu’elle ressentait était fréquent après une catastrophe, et l’a orientée vers une psychologue, qui les a aidés, elle et Lucas.
À essayer aujourd’hui
Avant le prochain orage : un plan familial en 15 minutes
- Assieds-toi avec ta famille et écris avec eux quand monter les affaires, où aller et qui appeler.
- Prépare un sac d’urgence et range-le toujours au même endroit. Vérifie-le une fois par mois.
- Colle le plan sur le frigo, là où tout le monde peut le voir.
- Fixe avec ta famille des heures pour vérifier pendant un orage, par exemple une fois par heure, et range le téléphone entre deux.
- Entraîne-toi à respirer avec eux : inspirer sur 4 temps, expirer sur 6.
Un verset pour aujourd’hui
Ne crains rien, car je suis avec toi ; Ne promène pas des regards inquiets, car je suis ton Dieu ; Je te fortifie, je viens à ton secours, Je te soutiens de ma droite triomphante.
Ésaïe 41:10
Pour toi
Si la pluie te fait encore peur
Si tu as vécu une inondation, une tempête ou un incendie, c’est logique que ton corps réagisse quand le ciel s’assombrit. Ta peur essaie de te protéger. Elle n’a pas encore compris qu’aujourd’hui est un autre jour.
Commence par ce que tu peux maîtriser. Écris un plan familial et mets-le là où tout le monde peut le voir. Prépare le sac d’urgence une fois, puis laisse-le tranquille. Fixe des heures pour regarder les infos pendant un orage. Inspire sur 4 temps et expire sur 6, avec tes enfants s’ils ont peur eux aussi.
Si la peur reste forte des semaines après une catastrophe, si tu n’arrives plus à dormir, si tu revis sans cesse cette nuit-là ou si tu évites de sortir quand il pleut, parles-en à ton médecin ou à un psychologue. C’est une étape normale, et ça aide les enfants autant que les adultes.
Si tu veux de l’aide aujourd’hui, HopeBegins est gratuit. Choisis ce que tu ressens et tu reçois une petite chose à essayer aujourd’hui, des outils pour t’apaiser, quelqu’un qui prie pour toi et des lignes d’écoute gratuites pour parler à quelqu’un. La page comment calmer l’angoisse propose un exercice de respiration à faire en famille quand la pluie devient forte.
Ça ne va pas aujourd’hui ?
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Ce que les gens se demandent
Est-ce normal d’avoir peur de la pluie après une inondation ?
Oui. Après un événement effrayant, beaucoup de gens ont peur quand il pleut, dorment mal ou vérifient sans cesse les infos. Si ça reste fort pendant des semaines ou que ça gêne la vie de tous les jours, parles-en à ton médecin ou à un psychologue.
Comment aider un enfant qui a peur de la pluie après une inondation ?
Reste calme avec lui, laisse-le raconter ce dont il se souvient, prépare un plan familial avec lui et pratique la respiration lente en famille. Si sa peur dure des semaines, parles-en à son médecin ou à un psychologue.
Les citations bibliques sont tirées de la Bible Louis Segond (1910), domaine public.
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