Anxiété

Comment Manon a arrêté de ruminer la nuit

Pendant presque un an, dès qu’elle éteignait la lumière, sa tête rejouait chaque conversation. Ce qui a changé est venu petit à petit, une habitude après l’autre.

Par AnonymeManon, 27 ans, support informatique à Nantes6 min de lecture

Une femme éveillée dans son lit, pensive

Chaque histoire réunit les vécus de plusieurs personnes.

L’histoire

Le film qui repartait à 23h48

Le service de Manon au support informatique d’une entreprise nantaise finissait à 21 heures. À 23h30, elle était au lit, lumière éteinte, téléphone retourné sur la table de nuit. À 23h48, elle était parfaitement réveillée, en train de rejouer un appel de l’après-midi.

Un client avait été sec avec elle. Elle avait réglé le problème, fermé le ticket et était passée à autre chose, du moins elle le croyait. Dans le noir, l’appel revenait mot pour mot, puis il grossissait. Est-ce que j’ai été désagréable ? Est-ce qu’il va se plaindre ? Est-ce que ma responsable va m’en parler lundi ? Et si c’était ça qui me faisait perdre mon poste ?

À une heure du matin, elle avait répété trois conversations qui n’auraient jamais lieu et rédigé dans sa tête un mail de démission. À deux heures, elle faisait défiler des offres d’emploi. À 6h30, son réveil sonnait et elle commençait la journée déjà fatiguée.

« Je n’arrive plus à dormir tellement je réfléchis », avait-elle dit un jour à sa grande sœur, à moitié pour rire. Sa sœur avait ri et répondu que tout le monde se prenait la tête. Manon avait ri aussi, et elle n’en avait plus reparlé pendant des mois.

Ce qui était dur

Pourquoi on rumine plus fort la nuit

La journée occupe l’esprit. Il y a les tickets, les messages, les collègues, le bruit. La nuit, tout ça s’arrête, et les soucis qui ont attendu toute la journée prennent enfin la parole.

Les inquiétudes de Manon suivaient toujours le même chemin. Elles partaient d’un petit fait bien réel, puis couraient vers la pire version de l’avenir. Chaque « et si » ressemblait à un problème à régler tout de suite, à une heure du matin, sans aucun moyen de le régler.

La fatigue aggravait tout. Après une nuit trop courte, les petites choses paraissaient plus grosses et plus dures à lâcher. Moins elle dormait, plus les pensées faisaient de bruit la nuit suivante. Rester allongée à forcer le sommeil ne faisait que resserrer la boucle.

Elle avait honte, aussi. Rien de grave ne clochait dans sa vie. Elle avait un travail, une famille qui l’aimait et une église où elle allait presque tous les dimanches. Elle se répétait qu’elle n’avait aucune raison de se sentir comme ça, ce qui lui faisait une chose de plus à ruminer la nuit.

Ce qui a aidé

Ce qui a aidé Manon à arrêter de ruminer la nuit

Rien n’a tout réglé en une nuit. Quelques petits changements, tenus la plupart des soirs, ont peu à peu baissé le volume.

Le premier, c’était une liste des soucis. À 20 heures, avant le dîner, Manon prenait dix minutes pour noter tout ce qui lui trottait dans la tête. À côté de chaque souci, elle écrivait la prochaine petite étape, s’il y en avait une. « Parler à ma responsable de l’appel du client » allait sur la liste. « Et si je me fais virer » recevait une autre note : pas le problème d’aujourd’hui. Quand l’appel revenait à minuit, elle pouvait se dire : « C’est sur la liste. Je verrai ça demain. »

Le deuxième, c’était de se lever. Quand elle avait l’impression d’être réveillée depuis vingt minutes, elle arrêtait de lutter. Elle allait à la cuisine, buvait un verre d’eau et lisait quelque chose d’ennuyeux sous une lumière douce jusqu’à ce que le sommeil revienne. À force de se battre avec ses pensées au lit, le lit lui-même était devenu l’endroit où elle s’inquiétait.

Le troisième, c’était sa respiration. Quand sa poitrine se serrait, elle inspirait sur 4 temps et expirait sur 6, pendant environ deux minutes. Les soucis étaient toujours là après. Ils étaient plus petits, assez petits pour qu’elle puisse les poser.

Le quatrième a été le plus dur. Cette fois, elle n’a pas fait de blague. Autour d’un café avec une amie de son groupe de maison, elle l’a dit simplement : « Je dors mal depuis des mois. Ma tête ne s’arrête jamais. » Son amie n’avait pas de solution. Elle a dit : « Moi aussi, en fait », puis : « On prie pour ça, et on prend des nouvelles l’une de l’autre cette semaine. » Manon a un peu mieux dormi cette nuit-là, peut-être parce qu’elle ne portait plus ça toute seule.

Elle s’est mise à prier autrement, aussi. Elle confiait chaque souci à Dieu, un par un, et s’imaginait le poser sur une table. Psaumes 94:19 est devenu son verset du soir.

Comme les nuits restaient difficiles au bout de deux mois, elle en a parlé à son médecin traitant, qui l’a orientée vers une psychologue. En parler avec elle l’a aidée à voir d’où venaient tous ces « et si », et pourquoi ils arrivaient toujours la nuit.

À essayer aujourd’hui

Ce soir : une liste des soucis en 10 minutes

  1. Avant le dîner, note tout ce qui te trotte dans la tête. Ne trie rien pour l’instant.
  2. À côté de chaque souci, écris une petite prochaine étape, ou « pas le problème d’aujourd’hui ».
  3. Ferme le carnet. Si un souci revient quand tu es au lit, dis-toi qu’il est sur la liste.
  4. Le sommeil ne vient toujours pas ? Lève-toi, bois un peu d’eau et installe-toi sous une lumière douce jusqu’à ce que le sommeil revienne.

Un verset pour aujourd’hui

Quand les pensées s’agitent en foule au dedans de moi, Tes consolations réjouissent mon âme.

Psaumes 94:19

Pour toi

Si ta tête ne s’éteint pas ce soir

Tu lis peut-être ceci à une heure du matin. Si c’est le cas, rien ne cloche chez toi. Ta tête essaie de te protéger en réglant tout d’un coup. Elle a juste choisi la pire heure pour le faire.

Ce soir, essaie une seule chose de la liste de Manon, pas toutes. Note tes soucis. Lève-toi si le sommeil ne vient pas. Inspire sur 4, expire sur 6. Et demain, raconte à une personne comment se passent tes nuits.

Si tes pensées t’empêchent de dormir la plupart des nuits depuis des semaines, ou si ça commence à peser sur tes journées, parles-en à un médecin ou à un psychologue. C’est une démarche normale, et se faire aider, ça marche.

Et si tu veux un point de départ tout de suite, HopeBegins est gratuit. Dis comment tu te sens et tu reçois une petite chose à essayer aujourd’hui, des outils pour t’apaiser les nuits comme celle-ci, quelqu’un qui prie pour toi, et des lignes d’écoute gratuites si tu as besoin de parler à quelqu’un. La page Impossible de dormir à force de trop penser propose un exercice de respiration de deux minutes à faire dans ton lit.

Ça ne va pas aujourd’hui ?

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Ce que les gens se demandent

Pourquoi je rumine autant la nuit ?

Le jour, le travail et les gens occupent ton esprit. La nuit, tout s’arrête, et les soucis mis de côté reviennent. La fatigue grossit aussi les inquiétudes, et ça peut tourner en boucle : moins de sommeil, des pensées plus fortes, encore moins de sommeil.

Comment arrêter de ruminer le soir au lit ?

Note tes soucis en début de soirée avec une prochaine étape pour chacun, lève-toi si tu n’arrives pas à dormir, et ralentis ta respiration : inspire sur 4, expire sur 6. Si ça dure depuis des semaines, parles-en à un médecin ou à un psychologue.

Les citations bibliques sont tirées de la Bible Louis Segond (1910), domaine public.

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