Moral en berne

Quand on a envie de tout abandonner : le soir où Maxime a parlé à son frère

Pendant des mois, Maxime souriait au travail et s’effondrait chez lui. Dire la vérité à une seule personne a été le tournant.

Par AnonymeMaxime, 30 ans, chef d’équipe de nuit près de Lille6 min de lecture

Les maisons en pierre de Gordes, en Provence

Chaque histoire réunit les vécus de plusieurs personnes.

L’histoire

Bien au travail, vide à la maison

Maxime était chef d’équipe de nuit dans un centre de tri de colis, près de Lille. Son équipe l’aimait bien. Il se souvenait des anniversaires, remplaçait les collègues au pied levé et avait toujours une blague prête pendant les nuits difficiles. Personne n’aurait deviné ce qu’il ressentait en rentrant chez lui.

Ça s’est installé sur une année. Une rupture. La maladie de son père, resté dans les Ardennes. Une promotion qui venait avec plus d’heures et moins de sommeil. Il a arrêté d’aller déjeuner chez son frère le dimanche. Il a arrêté de répondre dans le groupe de discussion. Il rentrait à sept heures du matin, fermait les rideaux et restait au lit avec son téléphone, trop fatigué pour dormir et trop fatigué pour se lever.

Quelque part dans ces mois-là, une pensée a commencé à revenir : il ne voulait plus se réveiller. Il voulait que tout s’arrête.

Ça lui a fait peur. Il n’en a parlé à personne, parce qu’il ne savait pas comment le dire, et parce que c’était sur lui que les autres s’appuyaient.

Ce qui était dur

Pourquoi c’est si dur d’en parler

Maxime était persuadé que le dire à voix haute aggraverait les choses, ferait de lui un poids ou effraierait sa famille. Il se disait aussi que d’autres avaient de vrais problèmes. Il avait un travail et un toit. De quel droit se sentait-il comme ça ?

Ce genre de pensées est fréquent dans une période sombre. La douleur peut faire ressembler l’avenir à une porte fermée et faire croire que personne ne comprendrait. Ces pensées peuvent avoir l’air de faits. Elles sont le signe que tu souffres et que tu as besoin d’aide, et elles peuvent changer.

Alors Maxime continuait d’aller travailler, de sourire et de répondre « Ça va, ça va » quand on lui demandait. Chaque jour, ce sourire lui coûtait un peu plus.

Ce qui a aidé

Le soir où il l’a dit à son frère

Un samedi soir, son grand frère, Thomas, lui a écrit : « Tu viens déjeuner demain ? Maman demande de tes nouvelles. » Maxime a commencé à taper une excuse. Puis, pour des raisons qu’il n’arrive toujours pas à expliquer, il a tapé la vérité. « Ça ne va pas. Des fois, je voudrais ne plus me réveiller. »

Thomas l’a appelé dans la minute. Il ne lui a fait aucune leçon de morale. Il lui a demandé, calmement : « Est-ce que tu penses à mettre fin à ta vie ? » Maxime a répondu que oui, parfois. Thomas a dit : « Merci de me l’avoir dit. J’arrive. »

Thomas est resté au téléphone pendant tout le trajet. En arrivant, il s’est assis avec Maxime sur son lit et ils ont appelé le 3114 ensemble. Une voix calme les a écoutés, a posé des questions et les a aidés à réfléchir à la suite, en commençant par cette nuit-là et le lendemain matin.

Thomas a dormi sur place. Le matin, il a fait du café, et ils ont parlé de trouver un médecin.

Ce qui a aidé

Ce qui a aidé Maxime à retrouver l’espoir

Aller mieux a pris du temps, avec des hauts et des bas. Ça a commencé par un médecin, qui a tout écouté et lui a prescrit un traitement. Puis une psychologue, une fois par semaine, qui l’a aidé à démêler l’année qu’il venait de vivre et à trouver des mots pour ce qu’il ressentait.

Sa famille a fait quelques promesses simples. Thomas lui enverrait un message chaque matin, même juste un pouce levé. Sa mère l’appellerait le mercredi. Maxime a accepté de prévenir l’un d’eux chaque fois que les pensées sombres reviendraient. Elles sont revenues quelques fois. Chaque fois qu’il en a parlé, c’est devenu plus facile.

Il est retourné au déjeuner du dimanche, puis, quelques semaines plus tard, au culte avec sa famille. Au début, il ne ressentait pas grand-chose. Il y allait quand même. Un dimanche, le pasteur a lu Psaumes 23:4, et Maxime l’a entendu autrement. Il connaissait cette vallée. Il marchait encore, et quelqu’un marchait avec lui.

Au travail, il a vu le médecin du travail et parlé de ses horaires aux RH. Il est passé en horaires de jour. Il a recommencé à dormir la nuit, la plupart des nuits.

Un an plus tard, Maxime dit que le pire est derrière lui. Il a encore des jours difficiles. Maintenant, il sait quoi en faire : le dire à quelqu’un, se reposer, aller au prochain rendez-vous.

À essayer aujourd’hui

Ce soir : parles-en à une personne

  1. Choisis une personne de confiance : un frère, une sœur, un ami, un parent ou un pasteur.
  2. Envoie une phrase honnête : « Ça ne va pas. On peut parler ? »
  3. Si tu n’arrives à joindre personne, appelle le 3114. Il répond 24h/24 et 7j/7.
  4. Demain, demande à cette personne de t’aider à prendre rendez-vous avec un médecin ou un psychologue.

Un verset pour aujourd’hui

Quand je marche dans la vallée de l’ombre de la mort, Je ne crains aucun mal, car tu es avec moi : Ta houlette et ton bâton me rassurent.

Psaumes 23:4

Pour toi

Si tu as envie de tout abandonner en ce moment

Si tu lis ces lignes parce que tu ressens ce que Maxime ressentait, merci d’être encore là. La douleur que tu ressens est réelle, et l’aide aussi.

Parles-en à une personne ce soir. Un frère, une sœur, un ami, un parent, un pasteur. Tu peux reprendre les mots de Maxime : « Ça ne va pas. » Si le dire te paraît impossible, écris-le.

Si tu penses à mettre fin à ta vie, appelle le 3114, le numéro national de prévention du suicide, gratuit, 24h/24 et 7j/7 : des professionnels formés te répondent. En cas de danger immédiat, appelle le 112 (ou le 15).

Si tu te sens au plus bas ou vide depuis plus de deux semaines, parles-en à ton médecin ou à un psychologue. C’est une étape normale, et les soins aident.

Si tu veux plus de soutien aujourd’hui, HopeBegins est gratuit. Choisis ce que tu ressens et tu reçois une petite chose à essayer aujourd’hui, des outils pour t’apaiser, quelqu’un qui prie pour toi et des lignes d’écoute gratuites pour parler à quelqu’un. La page quand la déprime s’installe t’en dit plus sur la suite.

Ça ne va pas aujourd’hui ?

HopeBegins est gratuit. Choisis ce que tu ressens et reçois une petite chose à essayer aujourd’hui, des outils pour t’apaiser, quelqu’un qui prie pour toi et une ligne d’écoute gratuite dans ton pays.

Ce que les gens se demandent

Que faire quand on a envie de tout abandonner ?

Dis aujourd’hui à une personne de confiance ce que tu ressens vraiment. Si tu penses à mettre fin à ta vie, appelle le 3114, gratuit et ouvert 24h/24 et 7j/7, ou le 112 en cas de danger immédiat. Ensuite, consulte un médecin ou un psychologue.

Comment dire à sa famille que ça ne va pas ?

Fais court et vrai, par exemple : « Ça ne va pas. On peut parler ? » Un message écrit convient très bien si le dire à voix haute est trop dur. La plupart des familles préfèrent de loin savoir.

Le 3114, c’est quoi ?

C’est le numéro national de prévention du suicide en France. Il est gratuit, ouvert 24h/24 et 7j/7, et des professionnels formés y répondent. Tu peux l’appeler pour toi, ou si tu t’inquiètes pour un proche.

Les citations bibliques sont tirées de la Bible Louis Segond (1910), domaine public.

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