Moral en berne

Plus envie de rien : comment les couleurs sont revenues dans les journées d’Hugo

Pendant des semaines, il est resté au lit, sans envie même pour ce qu’il aimait. Voici les petits pas qui l’ont aidé.

Par AnonymeHugo, 28 ans, monteur vidéo indépendant à Grenoble6 min de lecture

Une femme assise seule sur un banc au bord de la Seine

Chaque histoire réunit les vécus de plusieurs personnes.

L’histoire

Les jours gris

Hugo était monteur vidéo indépendant à Grenoble. C’était toujours lui qui proposait une virée aux puces le dimanche ou une partie en ligne tard le soir avec la bande. En août, petit à petit, il a perdu l’envie de tout ça.

D’abord, ça a été la nourriture. Une tartine le matin, un café, puis plus rien jusqu’au soir. Ensuite, les jeux vidéo. Il allumait son ordinateur, fixait le jeu et l’éteignait. Même ses projets, qu’il adorait avant, ont commencé à lui peser comme un sac trop lourd.

Même le tacos du snack d’en bas, son préféré, celui qu’il prenait en taille XL, il n’arrivait plus à le finir. Le patron l’a remarqué : « Tu fais un régime, Hugo ? » Il a juste souri.

Dans le groupe de discussion, il laissait tout en « vu ». « Hugo, tu viens ce soir ? » « Pas ce soir, je suis crevé. » Pourtant, il passait la journée allongé, à fixer le plafond pendant que la pluie tombait dehors.

Un dimanche, sa mère a appelé de Valence. « Tu manges bien, mon grand ? » « Oui, oui », a-t-il répondu, alors que ce n’était pas vrai. Après l’appel, il s’est dit : « Qu’est-ce qui m’arrive ? Il ne se passe rien de grave, et je n’ai plus envie de rien. »

Ce qui était dur

Pourquoi on peut perdre l’envie de tout

Le plus dur, pour Hugo, c’est qu’il ne trouvait aucune raison. Pas de rupture, pas de deuil, et il avait toujours du travail. Alors il se faisait des reproches : « Arrête ton cinéma. T’es juste un flemmard. » Ça ne faisait que l’alourdir encore.

Ce qu’il ne savait pas encore, c’est que perdre pendant longtemps l’intérêt pour ce qu’on aimait peut être un signe de dépression. C’est encore plus probable quand ça s’accompagne de changements dans le sommeil et l’appétit, d’une fatigue qui ne passe pas et de difficultés à se concentrer. C’est un vrai ressenti, et il existe de l’aide.

Son sommeil avait changé, lui aussi. Certaines nuits, il s’endormait à trois heures. D’autres jours, il dormait douze heures et se réveillait quand même épuisé. Il n’avait même plus la force de se doucher, et répondre au mail d’un client lui semblait aussi dur que gravir une montagne.

Il vivait seul et travaillait de chez lui. Personne ne le voyait de la journée, donc personne ne remarquait rien. Et comme il était discret, la bande pensait qu’il était juste débordé par ses projets.

Trois semaines ont passé, puis cinq. C’est là qu’il a eu peur.

Ce qui a aidé

Ce qui a aidé Hugo à retrouver l’envie

La première étape a été un message à Bastien, son plus vieux pote : « Je crois que quelque chose cloche chez moi. Ça fait des semaines que je n’ai plus envie de rien. » Bastien ne lui a fait aucune leçon de morale. Il est passé le lendemain avec une soupe maison, et ils se sont assis sur le balcon, encore dans la brume du matin.

C’est Bastien qui a dit : « Tu devrais peut-être consulter, non ? C’est peut-être plus que de la fatigue. » Hugo s’est senti gêné, et il a accepté quand même. Il a pris rendez-vous chez son médecin traitant, qui lui a posé des questions sur son sommeil, son alimentation et depuis combien de temps ça durait. Le médecin l’a orienté vers un psychiatre, et Hugo a commencé un traitement et un suivi avec une psychologue.

Le soulagement est venu lentement. Au bout de quelques semaines, il a remarqué qu’il se levait plus facilement. Le café avait de nouveau du goût. Il a ri à une vidéo dans le groupe et ça l’a surpris lui-même.

En attendant que le traitement fasse effet, il a fait de petites choses. Une marche chaque matin, même dix minutes, le long des quais de l’Isère, près de chez lui. Un vrai repas par jour, même simple. Un message dans le groupe, même juste un pouce levé.

Chaque samedi, Bastien envoyait : « On va marcher ? » Parfois Hugo disait oui, parfois non. Bastien redemandait chaque semaine, et c’est comme ça qu’Hugo a su que quelqu’un l’attendait.

Il priait aussi, même brièvement. Certains jours, toute sa prière tenait en une phrase : « Seigneur, je n’ai envie de rien. Reste avec moi, s’il te plaît. » Il a lu Psaumes 42:12, où celui qui écrit parle à sa propre âme, et il a senti que Dieu connaît ce genre de poids.

Il a aussi demandé à deux clients des délais plus longs. Les deux ont accepté, et l’un d’eux lui a même écrit une semaine plus tard pour prendre de ses nouvelles.

À essayer aujourd’hui

Aujourd’hui : trois petites choses

  1. Sors dix minutes, même juste devant chez toi.
  2. Mange un vrai repas, même simple.
  3. Écris à quelqu’un : « J’ai du mal en ce moment. »
  4. Si tu te sens comme ça depuis deux semaines, prends rendez-vous chez un médecin ou un psychologue.

Un verset pour aujourd’hui

Pourquoi t’abats-tu, mon âme, et gémis-tu au dedans de moi ? Espère en Dieu, car je le louerai encore ; Il est mon salut et mon Dieu.

Psaumes 42:12

Pour toi

Si tu n’as plus envie de rien en ce moment

Si c’est toi en ce moment, au lit, sans envie même pour ton plat ou ton jeu préféré, ce que tu ressens est réel, même si tu n’arrives pas à trouver de raison. Il existe de l’aide, et tu peux commencer petit.

Aujourd’hui, choisis une chose : sortir dix minutes, manger un vrai repas, ou écrire à quelqu’un ce que tu ressens vraiment. Et si quelqu’un de ta bande se fait discret depuis quelques semaines, écris-lui aussi. Parfois, un simple « Ça va, vraiment ? » suffit pour qu’une personne commence à parler.

Si ça dure depuis deux semaines ou plus, ou si travailler, étudier ou prendre soin de toi devient difficile, parles-en à ton médecin ou à un psychologue. C’est une étape normale, et se faire aider, ça marche.

Si tu penses à mettre fin à ta vie, appelle le 3114, le numéro national de prévention du suicide, gratuit, 24h/24 et 7j/7 : des professionnels formés te répondent. En cas de danger immédiat, appelle le 112 (ou le 15).

Si tu veux commencer quelque part aujourd’hui, HopeBegins est gratuit. Choisis ce que tu ressens et tu reçois une petite chose à essayer aujourd’hui, des outils pour t’apaiser, quelqu’un qui prie pour toi et des lignes d’écoute gratuites pour parler à quelqu’un. Lis quand la déprime s’installe pour savoir quoi faire ensuite.

Ça ne va pas aujourd’hui ?

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Ce que les gens se demandent

Pourquoi je n’ai plus envie de rien ?

Ça peut venir d’une grosse fatigue, du stress ou d’une période difficile. Si ça dure depuis deux semaines ou plus et que ça s’accompagne de changements dans ton sommeil ou ton appétit, ça peut être un signe de dépression : mieux vaut en parler à un médecin ou à un psychologue.

Que faire quand on n’a plus goût à rien ?

Commence petit : une marche, un vrai repas, un message à quelqu’un de confiance. Si ça dure depuis un moment, demande de l’aide à un médecin ou à un psychologue.

Les citations bibliques sont tirées de la Bible Louis Segond (1910), domaine public.

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