Moral en berne
Comment Lucie a arrêté de se comparer à tout le monde en ligne
Chaque soir, son fil d’actualité lui répétait qu’elle était en retard. Ce qui l’a aidée à poser son téléphone et à regarder de nouveau sa propre vie.
Par AnonymeLucie, 26 ans, chargée de marketing à Lyon6 min de lecture

Chaque histoire réunit les vécus de plusieurs personnes.
L’histoire
Minuit, et tout le monde se fiançait
C’était un mardi, un peu après minuit, quand Lucie a vu la troisième annonce de fiançailles de la semaine. Une ancienne camarade de fac, une bague, une crique en Grèce, deux cents commentaires. Lucie a tapé « Félicitations !! » avec trois cœurs, puis elle est restée allongée dans son studio à Lyon, avec l’impression que quelque chose de lourd venait de se poser sur sa poitrine.
Elle a continué à faire défiler. Un ancien collègue venait de passer manager. Une cousine venait d’atterrir à Sydney. Un garçon du lycée lançait son food truck. Chaque publication était une bonne nouvelle pour quelqu’un qu’elle aimait bien, et chacune tombait sur elle comme un petit verdict : tu es en retard.
Lucie avait 26 ans, un CDI, un petit studio qu’elle payait elle-même et des parents en Auvergne qui étaient fiers d’elle. Rien de tout ça n’apparaissait sur le fil à minuit. Ce qui s’affichait, c’étaient les plus beaux jours de tous les autres.
Vers une heure du matin, elle a ouvert son propre profil et l’a regardé comme l’aurait fait une inconnue. Dernière publication : il y a huit mois, une part de galette des rois. Elle a fermé l’appli, l’a rouverte, et elle a continué jusqu’à avoir les yeux qui piquent.
Ce qui était dur
Pourquoi la comparaison sur les réseaux sociaux fait si mal
Le fil d’actualité, c’est une vitrine des meilleurs moments. Les gens publient la bague, le billet d’avion et le nouveau poste. Ils publient rarement la dispute avant la demande en mariage, le crédit derrière les vacances ou les heures sup qui vont avec la promotion. Lucie le savait. Le savoir ne changeait pas grand-chose à cette impression de couler.
Elle comparait son mardi ordinaire aux meilleurs moments des autres, et elle le faisait à l’heure où elle était la plus fatiguée et la plus dure avec elle-même. En journée, elle arrivait à hausser les épaules. À minuit, seule dans le noir, chaque publication ressemblait à une preuve.
Ça a commencé à déborder sur ses journées. Au travail, elle se sentait éteinte. Elle a séché le brunch avec sa bande de copines, parce qu’elle ne voulait pas entendre la question « Et toi, quoi de neuf ? » Elle a arrêté de publier quoi que ce soit, parce que rien dans sa vie ne lui semblait valoir la peine d’être posté.
Le pire, c’était la culpabilité. C’étaient des gens auxquels elle tenait. Elle voulait se réjouir pour eux, et une partie d’elle se réjouissait vraiment. L’autre partie tenait les comptes en silence, et dans ces comptes-là, elle perdait toujours.
Ce qui a aidé
Ce qui a aidé Lucie à arrêter de se comparer aux autres
Le premier changement était petit et un peu gênant. Elle a rangé les applis dans un dossier, sur la dernière page de son écran, et elle a commencé à charger son téléphone dans la cuisine. Elle a ressorti un vieux réveil, pour que le téléphone n’ait plus aucune raison d’être dans son lit. Sans lui à côté d’elle, le défilement de minuit s’est presque arrêté.
Elle a aussi mis en sourdine quelques comptes qui la laissaient toujours avec l’impression d’être minuscule. Personne n’a été prévenu, personne n’a été retiré de ses amis. Elle pourrait les réactiver quand elle se sentirait plus solide.
Ensuite, elle a essayé une idée de sa grande sœur. Avant d’ouvrir la moindre appli, elle notait trois choses de sa propre journée. Les petites choses comptaient : la boulangère qui lui avait mis de côté la dernière baguette, un rapport bouclé en avance, le message vocal de sa mère sur les tomates qui poussaient au jardin. Au début, ça lui a paru ridicule. Au bout de deux semaines, elle s’est aperçue qu’elle guettait ces choses-là pendant la journée.
Le plus grand déclic est venu d’une conversation. Lucie a fini par retrouver ses copines pour déjeuner et leur a avoué qu’elle les évitait. L’une d’elles a éclaté de rire : « Franchement, moi, c’est à toi que je me compare. » Lucie n’en avait aucune idée. Une autre a reconnu que ses photos de fiançailles cachaient une année de pression familiale. Autour de cette table, en fait, chacune tenait les comptes face à quelqu’un d’autre.
À l’église, son groupe de maison lisait la lettre aux Philippiens. Lucie a commencé à prier au sujet de la comparaison elle-même. Elle nommait les publications qui lui faisaient mal, demandait à Dieu de l’aider à se réjouir pour les autres et lui demandait la paix pour son propre rythme. Philippiens 4:6-7 est devenu le passage qu’elle lisait avant de dormir, sur papier, dans la cuisine, loin du téléphone.
Certaines semaines restaient difficiles. Ces soirs-là, elle écrivait à une amie au lieu de faire défiler. « Je replonge ce soir », envoyait-elle, et quelqu’un l’appelait.
À essayer aujourd’hui
Cette semaine : trois bonnes choses de ta propre journée
- Ce soir, charge ton téléphone en dehors de ta chambre.
- Mets en sourdine trois comptes qui te laissent toujours avec l’impression d’être en retard. Tu pourras les réactiver plus tard.
- Demain, avant d’ouvrir la moindre appli, note trois bonnes choses de ta propre journée. Les petites comptent.
- Dis à quelqu’un de proche ce que ton fil d’actualité te fait ressentir.
Un verset pour aujourd’hui
Ne vous inquiétez de rien ; mais en toute chose faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâces. Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées en Jésus-Christ.
Philippiens 4:6-7
Pour toi
Si ton fil d’actualité te donne l’impression d’être en retard
Si tu lis ces lignes dans ton lit après un long moment à faire défiler, accorde-toi un peu de douceur. Se sentir minuscule après les réseaux sociaux est une réaction fréquente quand on voit défiler les plus beaux jours des autres, tard le soir, sans personne à côté. Ta valeur reste la même, que tu publies ou non.
Essaie une chose cette semaine. Charge ton téléphone hors de ta chambre, mets en sourdine trois comptes qui te font toujours mal, ou note trois bonnes choses de ta propre journée avant d’ouvrir une appli. Puis confie à quelqu’un de proche ce que ton fil te fait ressentir. Cette personne vit peut-être la même chose.
Si la comparaison est devenue un poids qui reste la plupart des jours, ou si ça dure plus de deux semaines et que ça gêne ton travail ou ton sommeil, parles-en à ton médecin ou à un psychologue. C’est une étape normale, et se faire aider, ça marche.
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Ça ne va pas aujourd’hui ?
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Ce que les gens se demandent
Comment arrêter de se comparer aux autres sur les réseaux sociaux ?
Commence par de petites limites : pas de téléphone au lit, les comptes qui te blessent mis en sourdine, et trois bonnes choses de ta journée notées avant de faire défiler. En parler franchement avec tes amis aide aussi, parce que presque tout le monde se compare à quelqu’un.
Pourquoi les réseaux sociaux font-ils baisser l’estime de soi ?
La plupart des gens publient leurs meilleurs moments, alors tu finis par comparer ta journée ordinaire aux temps forts de tout le monde. Faire défiler tard le soir, quand la fatigue est là, rend ces comparaisons encore plus lourdes.
Les citations bibliques sont tirées de la Bible Louis Segond (1910), domaine public.
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