Moral en berne
Thierry réparait les voitures de tout le monde. Puis un ami lui a demandé comment il allait.
Pendant trente ans, Thierry s’est tu et a tenu bon, comme son père le lui avait appris. Ce qui a changé quand il a enfin dit les choses à voix haute.
Par AnonymeThierry, 52 ans, garagiste et père de famille près de Limoges6 min de lecture

Chaque histoire réunit les vécus de plusieurs personnes.
L’histoire
Solide, discret et à bout de forces
Thierry tient un petit garage près de Limoges depuis presque trente ans. Des utilitaires, des voitures de famille, et de temps en temps une vieille 205 qu’un petit-fils refuse de vendre parce que c’était celle du grand-père. Si ça a un moteur, Thierry peut te dire ce qui cloche rien qu’au bruit.
Son père était mécanicien, lui aussi, et lui avait appris deux choses : écouter un moteur, et qu’un homme ne se plaint pas. « T’es un homme. Serre les dents. » Quand son père est mort, Thierry n’a pas pleuré à l’enterrement. Le lendemain, il était de retour à l’atelier.
L’an dernier, les choses ont commencé à lui échapper. Son aîné est parti vivre à Montréal. Sa femme, Sylvie, a eu une alerte de santé. Le travail a ralenti quand un grand centre auto s’est installé dans la zone commerciale. Thierry n’en a parlé à personne. Il est juste devenu plus silencieux, et plus sec avec tout le monde.
Il dormait quatre heures par nuit. Les deux bières après le travail sont devenues quatre. Un après-midi, il a crié sur son apprenti pour une clé tombée par terre, puis il est allé s’asseoir au fond de l’atelier, la tête entre les mains, sans savoir pourquoi il était si en colère.
Ce qui était dur
Pourquoi tant de pères ne parlent pas de ce qu’ils ressentent
Pas une seule fois Thierry ne s’est dit : « Je suis peut-être en dépression. » Les hommes comme lui n’emploient pas ce mot. Il pensait qu’il était fatigué, qu’il vieillissait, ou que sa famille était trop sensible.
Beaucoup de pères en France ont grandi avec les mêmes leçons. Un homme, ça ne pleure pas. Le père, c’est le pilier de la maison, et un pilier, ça ne plie pas. Demander de l’aide donne l’impression d’avouer qu’on ne tient plus le toit.
Alors les émotions sortent de travers : en colère, en verres de plus, en heures sup, en un silence qui remplit toute la maison. Sylvie lui a dit plus tard qu’elle avait l’impression de vivre avec un inconnu.
Les hommes qui en sont là attendent souvent que quelque chose casse. Thierry n’en était pas loin.
Ce qui a aidé
La question autour de la table
Chaque vendredi soir, son ami Pascal passait au garage après la fermeture. Ils s’asseyaient à la table pliante devant l’atelier, avec un saucisson, et parlaient de foot. Ce vendredi-là, Pascal n’a pas parlé de foot.
« Dis donc, ça va vraiment, toi ? T’es plus le même ces temps-ci. » Thierry a dit que ça allait. Pascal n’a pas lâché. « Parce que moi, l’an dernier, ça n’allait pas. Je suis allé voir quelqu’un. Je croyais que ça voulait dire que j’étais faible, et ça m’a aidé. »
Thierry connaissait Pascal depuis vingt ans et ne l’avait jamais entendu dire une chose pareille. Quelque chose s’est desserré dans sa poitrine. Il a commencé à parler, lentement d’abord. De son fils parti. De Sylvie. Du garage. Des nuits passées éveillé, avec l’impression d’échouer dans le seul rôle qu’il avait.
Pascal a juste écouté. Quand Thierry n’a plus trouvé de mots, Pascal a dit : « T’as bien fait de me le dire. Je vais t’aider. »
Ce qui a aidé
Ce qui a aidé Thierry à redevenir lui-même
La semaine suivante, Pascal l’a conduit chez sa médecin traitante. Thierry a râlé tout le long de la route. La médecin lui a posé des questions sur son sommeil, sur l’alcool et sur son moral, sans jamais le faire passer pour un faible. Elle lui a dit que ce qu’il décrivait ressemblait à plus que de la fatigue, l’a orienté vers un psychologue et lui a demandé de lever le pied sur la bière, qui abîmait son sommeil.
Thierry est allé trois fois chez le psychologue avant de dire grand-chose. À la quatrième séance, il parlait de son père.
À la maison, il a fait quelque chose de plus dur. Il s’est assis avec Sylvie et lui a dit : « Pardon. Ça ne va pas, depuis quelques mois. » Elle a pleuré. Lui aussi, pour la première fois depuis des années. Puis elle a dit : « Merci de me le dire », et la maison a semblé plus légère.
Il s’est remis à prier, court et franc, le matin avant d’ouvrir le garage. Psaumes 46:2 est scotché sur la caisse à outils maintenant, à côté du calendrier.
Le vendredi, le saucisson sort toujours. De temps en temps, c’est Thierry qui pose la question : « Et toi, ça va vraiment ? »
À essayer aujourd’hui
Cette semaine : pose la question, ou réponds franchement
- Pense à un homme de ton entourage qui semble plus silencieux ou plus en colère ces derniers temps.
- Assieds-toi avec lui autour d’un repas ou d’un café et demande : « Et toi, ça va vraiment ? » Puis repose la question.
- Si c’est toi qui traverses une mauvaise passe, dis une phrase honnête à une personne de confiance.
- Fais attention à ce que tu bois cette semaine. Si ça a augmenté, réduis et parles-en à quelqu’un.
Un verset pour aujourd’hui
Dieu est pour nous un refuge et un appui, Un secours qui ne manque jamais dans la détresse.
Psaumes 46:2
Pour toi
Si c’est toi, le pilier de ta famille
Si tu es un homme et que tu lis ces lignes, tu te reconnais peut-être un peu dans Thierry : les nerfs à vif, les verres en plus, les nuits blanches, l’impression que personne ne voit que tu galères. En parler est l’une des choses les plus courageuses que tu puisses faire pour ta famille.
Commence par une personne. Un ami, ta femme, un frère, un pasteur. Tu peux le dire comme Thierry : « Ça ne va pas, depuis quelques mois. » Cette seule phrase ouvre une porte.
Si tu as le moral à plat, les nerfs à vif ou un sommeil en miettes depuis plus de deux semaines, ou si tu bois plus pour tenir, parles-en à ton médecin ou à un psychologue. C’est une étape normale, comme amener une voiture au garage dès qu’elle fait un drôle de bruit.
Si tu t’inquiètes pour un homme de ton entourage, sois son Pascal. Assieds-toi avec lui, pose la question deux fois, et écoute.
Si tu préfères commencer quelque part en toute discrétion, HopeBegins est gratuit. Choisis ce que tu ressens et tu reçois une petite chose à essayer aujourd’hui, des outils pour t’apaiser, quelqu’un qui prie pour toi et des lignes d’écoute gratuites pour parler à quelqu’un. Si l’histoire de Thierry ressemble à la tienne, quand la déprime s’installe est un bon point de départ.
Ça ne va pas aujourd’hui ?
HopeBegins est gratuit. Choisis ce que tu ressens et reçois une petite chose à essayer aujourd’hui, des outils pour t’apaiser, quelqu’un qui prie pour toi et une ligne d’écoute gratuite dans ton pays.
Ce que les gens se demandent
Pourquoi les hommes ne parlent-ils pas de leurs émotions ?
Beaucoup ont grandi en entendant qu’un homme doit tenir bon et se taire, parce qu’il est le pilier de la famille. Alors le stress ressort souvent en colère, en alcool ou en heures de travail. Parler à une personne de confiance est un bon premier pas.
Quels sont les signes de la dépression chez l’homme ?
Chez certains hommes, la déprime prend la forme d’irritabilité, de colère, d’une consommation d’alcool en hausse, de travail sans fin, d’un mauvais sommeil ou d’un repli loin de la famille. Si ça dure plus de deux semaines, parles-en à un médecin ou à un psychologue.
Les citations bibliques sont tirées de la Bible Louis Segond (1910), domaine public.
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